30 avril 2006
Mise à jour du 29-04-06
Mise à jour du 30 avril 2006
Elle avait dit oui... Je n'aurais pas cru cela si facile, et puis j'aurais compris qu'elle me dise non. Lui demander de tout quitter comme ça, c'est vrai que c'est un peu égoïste.
Mais moi, je me sentais de moins en moins bien ici. C'est vrai, j'avais tout pour être heureux. J'avais une femme, bientôt un enfant, une maison, une soeur que j'aime énormément, des amis... Mais ce n'était pas suffisant. L'idée de perdre tous ces gens m'insupportait.
Si je partais, je les perdais aussi... mais pas tous. C'est tout ce qu'il me reste à présent: ma femme, et mon enfant. Je ne veux pas les perdre, je ne peux pas, je ne le supporterai pas. Je veux les voir vivre, longtemps... l'éternité. Vous ne vous rendez pas compte... mais c'est ce qui me permettrait de vivre plus serein.
Alors, comme elle a dit oui, nous allons partir... vous vous souvenez, dans ma forêt? C'est là-bas que nous allons vivre à présent. Mais pas tout de suite, nous attendons la naissance. Et après quelques mois, nous partirons. Ca nous laisse un peu de temps pour faire les adieux. Indis a accepté, je ne sais pas pourquoi. Je suppose que l'idée de ne jamais nous perdre lui plait. Elle a donc prévenu ses proches.
A commencer par sa maman. Je m'en voulais un peu de les séparer, mais après tout, Indis était d'accord, et jamais je ne lui aurais reproché qu'elle refuse. Ma demande était tout à fait personnelle, et je suis extrêmement heureux qu'elle ait accepté, mais si elle ne pouvait être heureuse comme ça, alors nous serions restés ici.
Sa pauvre maman a eu du mal à accepter. Surtout que nous faisions nos adieux très tôt, puisqu'il restait encore quelques mois avant la naissance. Mais nous avions décidé, d'un commun accord, de faire les adieux le plus tôt possible, et au moment du départ, de les raccourcir un peu, nous pensions que ce serait moins dur. C'était une douce illusion bien sûr. C'était très dur, comment dire au revoir à sa maman? Elles ne pouvaient réaliser qu'elles ne se reverraient probablement jamais. Là où nous allions, c'était tellement loin... un autre monde, celui de l'éternité.
- Ma chérie, tu vas tellement me manquer... et votre enfant, je le connaitrai à peine!
- Je sais maman, mais c'est comme ça que nous serons les plus heureux... Viens avec nous!
- Mais je ne peux pas...
- Pourquoi?
- Et ton frère? Et tous ceux que je connais? Tu y vas avec Mahtan, il connait ce lieu, cette vie. Moi, ma vie est ici.
- Je sais oui...
Je les ai laissées se dire au revoir. Mais c'était aussi dur pour moi que pour elle. C'était à cause de moi.
Mon tour est venu également. Je devais l'annoncer à ma petite soeur, et ça me faisait très peur. Parce que c'est celle que j'avais le plus honte de laisser ici. Encore si jeune, elle se retrouve déjà sans parents, et moi, son grand frère, je la laisse aussi. Alors je me suis dit que je lui proposerais à elle aussi. Elle, elle était comme moi, sa vie était à moitié là-bas, à moitié ici. Et elle pouvait convaincre son Cédric de venir, si vraiment elle l'aimait.
J'ai donc pris mon courage à deux mains, et j'ai composé son numéro. Mon coeur battait la chamade, et j'ai cru qu'il allait s'arrêter quand j'ai entendu la voix de ma petite soeur.
- Oldwyn, c'est Mahtan.
- Tu vas bien?
- Ca va, et toi?
- Aussi! Que me vaut cet appel?
- Je dois te parler de quelque chose, mais je préfèrerais qu'on en parle face à face.
- Euh... tu me fais un peu peur là, c'est grave?
- Ca dépend.
- De quoi?
- De toi, un peu. Mais tu ne peux pas venir, ou je peux passer si tu préfères parce que je voudrais pas te le dire au téléphone?
- Attends, dis-moi de quoi il s'agit, tu me fais vraiment peur.
- Disons que je dois t'annoncer quelque chose qui va te rendre triste, mais j'ai une solution, qui éventuellement pourrait te rendre heureuse...
- Bon, écoute Mahtan, dis-moi, parce que je ne pourrai pas tenir le temps du voyage.
- Bon... je... Indis et moi, ainsi que le bébé quand il sera là, nous allons partir.
- Partir? Où?
- On retourne chez nous.
- Tu pourrais pas être plus clair non?
- Eh bien...
- Chez vous, vous y êtes!
- Non... chez nous... toi et moi, et nos parents.
- Les elfes?!
- Oui.
- Mais t'es dingue?
- Viens à la maison, on en parlera, s'il te plaît.
- Mais tu vas m'abandonner, toi aussi?
- Non! Je... viens Oldwyn.
- Ok, j'arrive. A tout de suite.
J'avais une trouille bleue. Il faut absolument que je la convainque de venir avec nous, sinon je ne pourrai pas partir. Je ne peux pas la laisser seule ici.
Comment allais-je faire pour la convaincre? En plus, elle n'a même pas fini ses études, je vais encore la couper des racines qu'elle avait fini par avoir ici. Je ne me comprends même pas moi-même. Je sais que ce que je fais est vraiment égoïste, mais c'est plus fort que moi. Ce sentiment d'appartenance à ce monde-là ne m'a jamais quitté, tous les jours, j'ai pensé à ma vie là-bas.
Même quand j'étais heureux ici, même maintenant que j'ai une famille, je ne me sens pas à ma place. Je me suis pourtant adapté, je vis bien ici, mais au fond de moi, il y a cette petite voix qui me dit: "Un jour, ils mourront, eux aussi, et tu te retrouveras seul". Au fond de moi, je suis attiré vers ma forêt. Si Indis avait dit non, ou si Oldwyn dit non, je resterai ici, mais j'aurai cette blessure au fond de moi. Indis devra vivre avec un elfe blessé à jamais. C'est extrêmement difficile à décrire. Mais je ne suis pas moi, ici.
Oldwyn est arrivée, et nous avons été dans le mini jardin derrière la maison.
- Alors, explique-moi, donne-moi une bonne raison qui fait que tu veux partir! Parce que là, je ne te comprends absolument pas!
- Je ne me sens pas à ma place ici.
Je lui ai alors expliqué tous ces sentiments qui se mélangeaient en moi, de la peur à la honte, en passant par celui d'appartenance, et par celui de tristesse.
- Mais... Indis a dit oui?
- Oui, elle est d'accord.
- Et quelle était cette solution dont tu m'as parlé au téléphone?
- J'aimerais vraiment que tu viennes avec nous.
- Quoi? Mais t'es vraiment fou ou quoi? Qu'est-ce qui t'es arrivé cette nuit?
- Rien, j'y pense depuis longtemps. Mais je ne partirai pas si tu ne viens pas avec nous.
- Ah c'est facile de faire un chantage pareil!
- Non, non... ne pense pas ça! Ce n'est pas un chantage. Je te jure. Mais je ne peux te laisser seule ici, je ne veux pas t'abandonner.
- Mais je suis grande tu sais, je peux me débrouiller!
- Ecoute... toi aussi, tu as vécu là-bas, tu sais comment c'est. Alors, tu referas facilement ta vie.
- Et Cédric? Je sais que tu ne l'aimes pas beaucoup, mais moi si!
- Je l'aime bien, détrompe-toi. Et il peut très bien venir avec nous. En plus, tu m'as dit qu'il n'avais plus ses parents.
- C'est vrai oui mais...
- Mais quoi? Tu sais, tu as le temps de réfléchir. Nous ne partons que dans plusieurs mois, après la naissance. D'ici là, tu peux lui en parler, vous réfléchirez vous deux, et tu me diras si tu veux venir ou pas. Mais sache vraiment que si tu ne viens pas, nous restons, et ce n'est pas pour te forcer, c'est simplement parce que tu es ma soeur et que je ne peux te laisser seule.
- Alors oui, j'y réfléchirai, mais ça risque de prendre du temps.
- Pense bien à ce que je t'ai dit, c'est tout ce que je te demande.
- D'accord, mais je ne sais vraiment pas si Cédric sera d'accord. On n'a aucune situation, pas comme toi, normalement tu es sûr de rester avec Indis. Mais moi... je l'aime, c'est vrai, mais je ne connais pas l'avenir.
- Alors demande-lui avant de réfléchir comme ça. Tu verras bien ce qu'il te dit. Mais je comprendrai qu'il ne veuille pas s'engager, surtout de cette façon.
J'ai pris ma petite soeur dans mes bras. J'étais ému, je ne voulais pas la perdre. Et puis je ne savais vraiment pas vers quoi ça allait nous mener. Je ne savais pas du tout ce qu'allait être sa réponse. Si elle était positive, ce serait magnifique, je serais super heureux, et nous partirions le coeur plus léger.
Mais si elle dit non... j'ai dit que je restais ici, oui, mais y arriverais-je? Je ne sais vraiment pas. Je n'arrive pas à concevoir ma vie ici.
Oldwyn est partie, me promettant de bien y songer, d'en parler avec Cédric, et de me dire sa réponse dès qu'elle serait prise. Ma pauvre soeur, si jeune, et déjà tant d'épreuves traversées...
Mais la personne qui a le mieux réagit, c'est Sébastien. Indis lui a téléphoné pour lui dire qu'elle voulait lui parler également. Curieux, peut-être pas autant que ma soeur, mais curieux tout de même, il a fait comme elle et n'a pas résisté à ce mystère qu'Indis lui infligeait. Elle du donc lui annoncer par téléphone.
- Indis, ça me fait plaisir de t'entendre. La future maman se porte bien?
- Très bien. Toi aussi?
- Oui, oui. Alors, quoi de neuf?
- J'ai quelque chose à te dire, quelque chose d'important, donc j'aimerais qu'on se voit pour en discuter.
- Une bonne nouvelle au moins?
- Non, pas vraiment. Elle n'est pas très mauvaise, mais tu risques d'être triste comme je le suis.
- Allez, accouche! Enfin... je veux dire...
- J'ai compris Seb. Tu me fais rire. Non, viens, je ne veux pas te dire ça par téléphone.
- Fais pas l'enfant. Dis-moi.
- Bon, comme tu veux.
- Je veux.
- Nous allons partir... très loin, Mahtan et moi.
- Où?
- Dans la forêt de Neldoreth.
- C'est quoi ce... Mais? C'est la forêt de Mahtan ça?!
- Oui.
- J'arrive!
En quelques minutes, Sébastien était arrivé. Il avait l'air inquiet, mais aussi content de nous revoir. Depuis l'annonce de la naissance future, tout le monde aimait prendre de nos nouvelles, surtout d'Indis, normal, et c'était chaque fois un plaisir de voir que tous ces gens attendaient le bébé avec autant d'impatience que nous.
- Ma petite soeur!
- On est jumeaux je te signale.
- Oui mais tu es ma petite soeur quand même. Avec ton petit ventre rond, tu es toute mignonne.
- Petit... il grossit à vue d'oeil!
- Explique-moi cette fameuse nouvelle...
- Oui... Eh bien, Mahtan m'a fait cette proposition il y a quelques semaines. Il ne se sent pas bien ici, mais je crois que c'est surtout le fait de nous savoir mortels qui le tracasse. Tu sais, il n'était plus si jeune quand ils sont arrivés, ça doit être difficile pour lui d'accepter la mortalité.
- Et tu as dit oui?
- J'ai dit oui. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai mis du temps avant de lui donner ma réponse. C'est qu'il s'agit de réfléchir à tout ce que cela implique, pour nous, mais aussi pour notre enfant, et ceux que nous aurons plus tard.
- Je comprends.
- Tu le connais bien Mahtan. Tu sais bien qu'il ne fait pas ça dans son seul intérêt. J'y trouve un certain avantage aussi, je pourrai avoir mes enfants et mon époux auprès de moi.
- Mais on ne se reverra plus...
- C'est malheureusement le prix à payer, en effet.
- Mais je ne partirai pas sans ton accord.
- Tu fais ce que tu veux Indis. Je veux que tu sois heureuse. Si c'est ça qui te rend heureuse, alors tu as mon accord.
- Tu es gentil.
- Maman est au courant?
- Oui. C'était dur. Elle a du mal à comprendre. Je lui ai proposé de venir avec nous, mais comme je m'y attendais, elle a refusé. Sa vie est ici. Je te fais la même proposition, mais je suppose que tu vas refuser aussi, ce que je comprends.
- En effet, je ne peux pas. Je ne suis plus seul maintenant.
- Carole?
- Oui, Carole.
- Je suis contente pour toi.
- Mais qui va m'embêter maintenant?
Je ne pensais pas que Sébastien le prendrait comme ça. Mais il était vraiment heureux pour sa soeur. Ils se sont chamaillés comme des gamins, comme pour retrouver le bon vieux temps, avant de le mettre de côté.
Ca m'a rendu nostalgique. Tout cela allait malgré tout me manquer. Bien sûr, j'étais à la base de tout cela, mais j'avais tout de même vécu de magnifiques moments ici.
Si je n'étais jamais venu, je n'aurais pas rencontré Indis, et je ne serais peut-être pas un futur papa!
Mise à jour du 30-04-06 (2)
Parce que la naissance approchait à grands pas. Indis avait de belles formes, à présent, et ça me réjouissait de plus en plus. Moi qui avais un peu zappé le début de la grossesse, je ne cessais à présent de la regarder évoluer de jour en jour.
C'était mon petit bout qui se développait dans son ventre, là, sous mes yeux. Et c'était la femme de ma vie qui fournissait tout ce dont cet enfant avait besoin. Je me sentais totalement impuissant, mais malgré tout, je me sentais inclus, car Indis me faisait profiter de chaque instant, de chaque mouvement perçu.
J'avais peur aussi. Déjà. Je me tracassais pour mon bébé, je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose, et même si j'avais confiance en la nature et en Indis, je ne pouvais m'empêcher de considérer les risques aussi.
Et puis, être papa, ça change une vie. Comment faudrait-il faire pour être un bon père, et rester un bon mari aussi? C'était la première fois, et je ne savais comment réagir. Mes émotions partaient dans tous les sens, j'étais fou de joie et mort de peur en même temps, tout était confus. Mais ça restait un des plus beaux moments de ma vie! J'allais avoir un bébé, une partie de moi, et une partie de ma moitié... c'était absolument magnifique.
Et puis, enfin, ce grand moment, celui que nous attendions tous, avec énormément d'impatience, est arrivé. Indis s'est réveillé au beau milieu de la nuit, les premières contractions se faisaient ressentir. On est donc partis, non pas précipitamment, mais calmement vers l'hôpital le plus proche.
Dans la voiture, bien qu'Indis souffre par moment, on s'est regardés, et on a compris que ce soir, cette nuit, notre vie allait radicalement changer. Nous allions devenir parents, pour la première fois. Nous allions avoir cette responsabilité, mais aussi ce bonheur de chaque instant.
Ce petit être que j'avais d'abord exclu, puis aimé plus que tout, allait enfin venir nous montrer sa petite tête, il allait arriver dans ce monde bizarre et étrange qu'était celui des humains, mais il, ou elle, connaitrait enfin ceux qui l'attendent depuis 9 mois.
Arrivé à l'hôpital, tout a été très vite, et je n'ai pas eu le temps de réaliser ce qui se passait. On emmenait mon Indis ailleurs, on me demandait si je voulais assister à l'accouchement, tout le monde parlait, se précipitait...
Mais tout s'est bien passé. Indis a eu un courage que je n'aurai sans doute jamais, et elle m'a donné ce magnifique enfant, cette magnifique petite fille. Jamais je n'ai été aussi ému, voir ma fille, mon enfant, si petite et encore si fragile, dans les bras de sa maman, perdue, apeurée puis rassurée... ça m'a complètement retourné.
Quelques jours après cette naissance, je me suis remis, mais j'étais aux anges. Toute la famille d'Indis est venue, ainsi que ma soeur, voir notre petite Alaël. J'étais tellement fier de montrer ma fille, je l'aimais déjà tellement, j'étais le plus heureux des pères.
J'avais peur de la prendre dans mes bras, elle était tellement petite, si fragile, j'aurais pu lui faire mal. Mais Indis me rassurait, et m'aidait. Il n'y a pas de doute, elle fera une bonne mère. Elle est si douce, si attentionnée.
La seule chose qui me manquait, bien sûr, c'était mes parents. J'aurais tellement aimé leur présenter leur petite-fille, la première. Ils seraient fiers de moi, j'en suis sûr, parce que fiers d'elle, il ne peut en être autrement.
Je me disais alors qu'ils étaient là, dans mon coeur, et qu'ils voyaient cette petite merveille, fruit de leur patience, de l'amour qu'ils m'ont porté durant toute leur vie. C'est grâce à eux que ma fille est là. Je leur en serai éternellement reconnaissant, c'est le cas de le dire.
Nous sommes rentrés à la maison avec Alaël, heureux comme jamais. Indis l'a installée dans le petit lit que nous avions acheté, et on s'est reposé. La vie n'est plus pareille à présent.
Mais ma petite puce, je ne pouvais la laisser très longtemps seule dans son berceau, elle me manquait, alors je me baladais dans la maison avec elle dans les bras, et j'en profitais pour lui parler de mes parents.
Je sais très bien qu'elle est trop petite et qu'elle ne comprend pas un mot de ce que je lui raconte, et alors? Je voulais qu'elle sache, et elle saura, parce que ce n'est pas la dernière fois que je vais lui parler de ses grands parents. Même s'ils ne sont plus là, elle les connaîtra, grâce à moi, parce que je vais lui dire comment ils étaient, je vais lui dire ce qu'ils faisaient, quel était leur caractère, leurs qualités.
Elle les connaîtra comme s'ils étaient là.
Je faisais bien attention à elle, à bien la soutenir, bien la tenir, comme Indis m'avait montré. Mais j'avais tout de même encore peur de faire quelque chose de mal. Elle avait beau être ma fille, je n'arrivais pas à avoir pleine confiance en moi face à elle. Je l'aimais tellement que le moindre faux pas serait regretté à jamais.
Indis, elle, n'avait pas peur du tout. Elle manipulait notre fille avec une grande agilité et extrêmement de douceur. On aurait dit qu'elle avait fait ça toute sa vie.
Elle était aussi gaga devant elle que moi, et ça me faisait bien rire. Je n'étais pas le seul à être en totale admiration devant un bébé de quelques mois.
Oui, cela faisait maintenant quelques mois que nous étions rentrés avec Alaël. Ce qui signifie que le départ se rapprochait aussi.
Tout doucement, nous nous préparions mentalement. Mais en réalité, nous ne savons pas si nous partons vraiment, puisque je n'ai toujours pas la réponse d'Oldwyn. Je savais qu'elle mettrait un certain temps à me répondre, mais là, ça commençait à presser. Je ne voulais pas partir en quatrième vitesse, mais je ne voulais pas non plus qu'Alaël soit trop grande, afin qu'elle s'adapte parfaitement à ce nouveau monde et qu'elle grandisse dedans, sans être arrachée à ses racines, comme nous l'avons été et le seront, Indis et moi.
Alors j'ai pris les devants, j'ai décidé de téléphoner à ma soeur pour savoir ce qu'il en était. Il s'agissait tout de même de notre avenir à tous, et j'en avais marre de vivre dans l'incertitude. Là encore, j'avais un peu peur de la réponse que ma soeur pourrait me faire, mais si elle disait oui, alors nous partirions très bientôt.
- Oldwyn, c'est Mahtan, tu vas bien?
- Oui, et toi? Et ma petite nièce préférée?
- Tout le monde va bien.
- J'ai hâte de la revoir.
- Tu viens quand tu veux, tu le sais bien. Mais là, je voudrais te parler de quelque chose d'important.
- Le départ je suppose?
- Oui. Y as-tu réfléchi?
- Oui. J'en ai parlé à Cédric, nous avons beaucoup discuté.
- Et?
- Nous n'étions pas d'accord au départ, on n'était pas du tout du même avis, et c'était un peu embêtant, puisque nous voulons rester ensemble. Mais nous avons pris notre décision, et je comptais te le dire bientôt.
- Et cette décision est...?
- Oui, nous partons avec vous!
- Oui? Oh... Oldwyn!! Merci!!
- Tu n'as pas à me remercier, ce n'est pas une si mauvaise idée finalement, moi aussi je voudrais revoir ma terre natale, mon monde, pour me rappeler nos parents, ne jamais les oublier.
- Je te reconnais bien là. Et tu as tout compris, j'en suis ravi. Alors nous partirons très bientôt.
J'ai arrangé avec elle les derniers détails, puis nous nous sommes séparés. Cette décision était la plus belle que ma soeur ait pu prendre, et la première chose que j'ai fait, c'est de l'annoncer à Indis.
Le jour du départ arrivé, à la tombée de la nuit, ma soeur et son fiancé, ou celui destiné à le devenir tout du moins, sont arrivés.
Je n'ai pas très bien compris l'accoutrement de ce dernier, à mon avis, il a peut-être pas bien compris où nous allons exactement, mais sa toge d'étudiant, il la mettra de côté chez nous.
Tout avait été réglé, dans les moindres détails, de la maison aux meubles, en passant par la voiture et l'explication aux patrons.
Nous nous sommes réunis pour un dernier repas dans ce monde de mortels. C'était notre dernière soirée en tant qu'êtres destinés à mourir.
Nous avons profité au maximum de cette soirée, à quatre, sans ceux que nous allions quitter à jamais. Les adieux avaient été faits, puis refaits il y a de cela quelques heures. Nous étions prêts, un voyage plus qu'extraordinaire nous attendait. Nous partions vers un lieu inconnu pour plus de la moitié d'entre nous, un lieu qui serait celui de notre avenir à tous.
Ce soir, nous partions vers l'éternité. Et il était temps d'y aller.
Pendant qu'Indis, Oldwyn et Cédric bavardaient en m'attendant, je fis un dernier tour de la maison, accompagné de ma fille. Jamais plus je ne verrais cet endroit, jamais plus je n'y reviendrais. Cet endroit, d'abord conçu pour accueillir notre bonheur, notre vie de couple puis de parents, allait devenir le lieu des souvenirs pour ceux que nous laissions derrière nous.
Après ce dernier tour, les dernières images gravées dans ma tête, pour ma fille et pour moi, je donnai le départ.
- Il est temps d'y aller. Il fait nuit maintenant.
- Allons-y alors, dit Oldwyn.
Elle connaissait le chemin, ça ne lui faisait pas peur. Mais je m'inquiétais pour les deux autres.
- Vous êtes prêts?
- Oui.
- Oui.
- Sûrs?
Ils hochèrent la tête tous les deux. Je voyais dans les yeux d'Indis un peu de tristesse, mais aussi de la confiance. Confiance qu'elle me donnait entièrement.
- Allons-y...
Nous nous sommes alors dirigés vers cet horizon qui semblait infini. Nous allions irrémédiablement vers l'éternité, vers l'infini, vers une autre vie.
Je l'avais rêvé souvent ce voyage. J'avais souvent imaginé retourner auprès des miens. Bien que ce lieu me soit familier, ça me faisait peur, à moi aussi. La guerre était-elle finie? Ceux que j'aimais, et que j'avais du abandonner, étaient-ils encore en vie? Qu'étais devenue Finwë, mon premier amour?
C'est la tête pleine de questions, submergé de sentiments et d'émotions, que je me dirigeai pour rejoindre là-bas, au loin, la forêt de Neldoreth...



















